Partie de rien, sans famille et sans soutien, elle a tissé au fil des décennies des racines fécondes et des réalisations hors du commun dans la littérature poétique du monde francophone. La poète et désormais Chevalière Claudine Bertrand vient de recevoir l’insigne de l’Ordre de la Pléiade, cet ordre de la francophonie et du dialogue des cultures. Une reconnaissance exceptionnelle pour son rayonnement dans la communauté internationale de la littérature. Tout un honneur pour cette artiste, résidante d’Outremont depuis 30 ans
PHOTO LE JOURNAL D’OUTREMONT « Un dynamo culturel »
C’est ainsi que la surnommait son ami et poète Gaston Miron. On ne peut faire autrement que s’attacher à ce petit bout de femme énergique et rassembleuse dont le besoin de transmettre expérience et connaissances créent des ponts entre les artistes de tous horizons et donnent une voix à la relève, en particulier celle des femmes. Elle le fera d’abord comme professeur de littérature au Cégep de Rosemont à partir de 1973, puis directrice du département de français, littérature et cinéma jusqu’en 1992, tout en participant durant des années au Marché annuel de la poésie à Paris et à de nombreux événements culturels au Québec, dans l’Hexagone et dans le monde francophone. Si vous croyez que la charge est déjà lourde, écoutez ceci. Durant la même période, elle complète un certificat en scénarisation cinématographique, initie plusieurs événements culturels au cégep, notamment des ateliers de création et de théâtre, une semaine dédiée à la culture et crée la revue Arcade (1981-2005). Pendant près de 25 ans, ce fut la seule revue littéraire francophone en Amérique du Nord dédiée à l’écriture au féminin, pour donner une voix tant à la relève qu’aux écrivaines chevronnées.
Reconnaissances et prix
Intarissable et immense. Pas moins de 30 œuvres poétiques publiées autant en France qu’au Québec jalonnent son parcours.et autant de participations à des œuvres collectives et de tandems avec peintres et photographes dans des livres d’art. Elle est la première québécoise à accéder au Panthéon de la poésie en France avec son œuvre À 2000 années-lumière d’ici, dont un extrait a été sélectionné par l’Assemblée nationale française pour l’Anthologie du millénaire (Paris 2000). Elle côtoie les Jean Cocteau, Jacques Prévert et Boris Vian dans Éros émerveillé (2012), une anthologie consacrée à la poésie érotique française. Même les éditions Larousse reconnaissent sa contribution en publiant des extraits de son œuvre dans Anthologie de la poésie française (2011) de Jean Orizet. Les prix et récompenses, on ne les compte plus : Prix international Tristan Tzara remis pour la première fois à une Québécoise (2001), Grand prix de poésie Saint-Denys-Garneau (2002), Prix international Alexandre Ribot (2016) pour l’ensemble de son œuvre, Prix européen Virgile (2017) attribué par le Cénacle européen francophone à un poète ou écrivain européen francophone pour l’ensemble de son œuvre, pour ne citer que ceux-là. Son rayonnement international se confirme encore cette année avec L’eau entre nos doigts (Éditions Henry 2018), une anthologie qu’elle a initiée et dirigée, et qui regroupe des extraits de 126 poètes de la francophonie qui témoignent de leur sensibilité à l’importance de l’eau. Une réalisation qui rendait essentielle la candidature de la poétesse à l’insigne de l’Ordre de la Pléiade.
Puissante fragilité
Sensibiliser divers publics à la poésie et à la littérature, c’est aussi une passion. « Il faut lire la poésie comme on écoute de la musique », dira-t-elle, « entendre et être sensible aux variations sur un même thème, apprécier une œuvre dans son ensemble, comme un film. L’écriture m’a permis de renaître », conclut-elle. Son passé chaotique est devenu au fil des ans une puissante fragilité, source de rencontres fructueuses et d’éblouissements, qui a inspiré autant ses œuvres personnelles que collectives. Et elle s’est refait une famille, nombreuse et reconnaissante.
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Commentaires
Bravo pour ce prix prestigieux de la francophonie. Une récompense très méritée qui vient souligner encore une fois la qualité de ton oeuvre littéraire. Tu es une grande ambassadrice de notre littérature et ton succès nous fait rayonner collectivement. Au plaisir de te lire.