Voilà une histoire qui nous ramène aux années où les valeurs universelles de charité et de soutien aux personnes dépourvues battaient pavillon, particulièrement dans les communautés chrétiennes tissées au plus serré.
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Lasagnes, poulet dijonnaise, aiglefin en sauce, le menu est varié. Lors de notre visite, des polpettes de veau, prêtes à livrer aux bénéficiaires. PHOTOS LE JOURNAL D’OUTREMONT |
Un groupe de femmes d’Outremont avaient bien intégré le message en créant en 1970 la première Popote roulante francophone au Québec, sous le nom de Popote roulante de Saint-Germain d’Outremont, un service de préparation de repas et de distribution à domicile dans le quartier.
C’est la paroisse Saint-Germain qui l’a pris sous son aile avec le soutien des curés successifs qui ont accepté de loger le service alimentaire dans le presbytère même durant plus de quatre décennies. En novembre dernier, la Popote roulante et son groupe de bénévoles se ont été fermement pressentis pour quitter le 1er étage du presbytère. « On nous a offert un petit coin cuisinette au sous-sol, un espace inapproprié quant aux exigences de Santé Canada pour une cuisine collective », nous a confié la coordonnatrice actuelle, Michèle Daigneault, diététiste elle-même, qui a fait une partie de sa carrière à Pêches et Océans Canada. « Inapproprié aussi pour la majorité des bénévoles, âgées de plus de 70 ans.
50 000 repas depuis 1970
La Popote roulante prépare les lundis et jeudis matins, 20 à 22 repas destinés à des personnes en perte d’autonomie, souvent isolées ou en difficulté. Une équipe de cinq à six personnes, parmi une brigade de 36 bénévoles, voit à l’approvisionnement, la préparation et la livraison des plats de lasagnes, de poulet dijonnaise, d’aiglefin en sauce, parmi la douzaine de possibilités qui prennent leur tour dans les contenants tenus au chaud et livrés à domicile. Avec un minimum de sel et de gras, la coordonnatrice diététiste y tient. Le prix pour chaque repas est un modeste 4 $, incluant le dessert. Depuis 48 ans, le rituel se répète, excluant les mois d’été. En moyenne, 1 020 repas ont été préparés chaque année dans les officines du presbytère, ce qui représente autour de 50 000 assiettes destinées à des personnes dans le besoin. Les bénéficiaires, âgés de 75 à 94 ans, sont évalués et sélectionnés par une travailleuse sociale.
Consternation dans les troupes
Rien n’a pu ébranler la décision du curé M. Abouna Badeea et du Conseil de paroisse de garder l’usage exclusif de l’étage. Ni les interventions auprès de l’archevêché, ni les discussions avec les marguilliers. La nouvelle s’est répandue comme un feu de brousse. « Le presbytère n’est pas un monastère. Les curés précédents l’avaient bien compris », a-t-on pu lire dans les commentaires, souvent amers, envoyés à la direction de la Popote roulante quand la décision a été rendue publique.
M. le curé, rejoint au téléphone, rappelle le fil des événements avec un extrait des explications données par le Conseil de la paroisse aux paroissiens de Saint-Germain.
« D’aucune façon le Conseil souhaitait le départ de la popote et a toujours reconnu la générosité des personnes qui s’y dévouent depuis de nombreuses années. Le Conseil a pris l’orientation de centraliser ses activités - celles de la Popote - au sous-sol de l’église qu’il voulait rénover pour l’adapter aux activités de la popote. Le Conseil a bien exprimé à la popote son désir de la garder dans la paroisse », tient-il à rappeler. De toute évidence, la mayonnaise ne prend plus entre la paroisse Saint-Germain et la Popote bientôt cinquantenaire.
Le dieu des popotes roulantes existe
Et puis, la nouvelle est tombée en décembre. La bonne étoile qui a présidé aux destinées de la Popote roulante depuis tout ce temps n’est pas à bout de souffle. C’est le Centre Philou, engagé dans les soins aux enfants lourdement handicapés, qui accueille dorénavant les cuisinières de la Popote roulante. Le Centre, situé à quelques blocs du presbytère Saint-Germain, a accueilli le groupe à bras ouverts. Un baume sur l’amère déception de devoir quitter le presbytère, un projet de famille de longue date pour la coordonnatrice, Michèle Daigneault, fille d’une des membres fondatrices, pour qui la pérennité de la Popote a toujours été un enjeu essentiel. « Ce sera dorénavant la Popote roulante d’Outremont, la paroisse Saint-Germain a perdu son fleuron. », conclut-elle.
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