Vous les croisez dans la rue, vous fréquentez leur petit commerce, peut-être même que l’un d’eux est votre voisin. Et ils ont souvent un chemin de vie hors de l’ordinaire. Notre collaboratrice Sylvie Halpern vous propose d’aller à la rencontre des gens d’Outremont.
PHOTO JOURNAL D’OUTREMONT Jusqu’à 40 ans, Teresa Wieckowska n’avait quasiment jamais touché une plante. Ce sont plutôt les plans d’architecte que la fleuriste de l’avenue Van Horne faisait surgir du néant, avec ce même perfectionnisme pour les compositions florales et les couronnes de l’Armistice qu’elle confectionne aujourd’hui pour l’arrondissement.
Teresa est née en Pologne et a grandi auprès d’une mère institutrice et de deux voisines enseignantes qui leur ont appris, à sa sœur et à elle, à accueillir la différence : «Nous étions catholiques, mais elles nous ont éveillées aux autres, à toute la spiritualité du monde.» Même après tant d’années au Québec, elle a conservé l’élégance des manières d’Europe centrale et un accent qui fait voyager vers la Vistule et la Baltique.
Fidèle – elle est toujours aussi proche de l’amie de ses 12 ans -, Teresa sait aussi aller de l’avant : « J’ai toujours été volontaire : quand je veux quelque chose, je fonce. Je crois en mon ange ». C’est comme ça qu’elle est devenue architecte, s’est mariée, a eu Anna et Marguerite. Et que, lasse un jour de circuler dans la Lada familiale, elle a convaincu son mari d’aller voir de l’autre côté du monde : en Algérie où, aux belles heures de la coopération avec l’Est, il s’est vu offrir un contrat de sept ans à Sétif.
Quand elle parle du Sud, les yeux de Teresa s’allument: « C’est une lumière qui fait du bien à l’âme. » Et elle s’en est imbibée tout autant que ses filles de l’école française, si bien que l’idée du Québec a germé un jour – celle de Stanislas et d’Outremont où la famille a débarqué en septembre 1989. C’était la crise et les projets architecturaux ne pleuvaient pas, mais Teresa ne s’est pas laissée démonter. Elle s’est muée en fleuriste et plongée avec assiduité dans les manuels de botanique pour faire pousser un commerce chaleureux fidèlement fréquenté depuis 30 ans : «Mon pays d’adoption, ce sont mes clients qui me l’ont enseigné.» Chez Gala, beaucoup de la mémoire d’Outremont enlace, invisible mais tenace, les pots de géraniums et les vases de roses.
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