Plan d'urbanisme : un vide à combler
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- VIE CULTURELLE
- Publication : 30 mai 2017
- Par Hélène Côté
Les permis de construction accordés par le Service de l'aménagement urbain et patrimoine d'Outremont (SAUP) font régulièrement des vagues aux séances publiques du conseil d'arrondissement. Dans certains cas, on conteste le bien-fondé de l'aval donné aux travaux qui, soi-disant, vont à l'encontre de notre héritage patrimonial. Dans d'autres, on allègue que certains résidants outrepassent les conditions attachées aux permis qui leur sont donnés. En avril dernier, la conseillère Marie Potvin a mis le poing sur la table : « On est en train de perdre notre passé, et ça me fatigue. Il faut resserrer la vis », conclut-elle.
« L’arrondissement manque d’inspecteurs pour couvrir le territoire d’Outremont » avons-nous entendu plus d’une fois au conseil d’arrondissement. Conséquemment, toutes les infractions ne sont pas relevées. Rénovations délinquantes
Selon Yves Monty, directeur du service des permis et inspections à Outremont, 1 245 permis ont été accordés en 2016 pour effectuer des rénovations résidentielles. Environ 10 % des demandes ont dû d'abord être évaluées par le Comité consultatif de l'urbanisme (CCU), compte tenu de l'importance des travaux, avant d'être discutées au conseil d'arrondissement qui détient la décision finale.
Trois inspecteurs du Service de l'aménagement urbain et patrimoine (SAUP) sont chargés, entre autres tâches, de vérifier que les travaux respectent les conditions du permis. « Mais il faut garder en mémoire que ce sont les résidents qui sont responsables de leurs travaux, et non pas l'administration. Nous sommes là pour les accompagner » précise le directeur du SAUP, René Girard.
Des avis sont transmis verbalement ou émis en bonne et due forme quand les rénovations vont au-delà des conditions du permis. « Dans la plupart des cas, les modifications sont faites », selon le responsable des inspections, M. Monty. Mais il y a des exceptions. Chaque année, le SAUP émet une dizaine de constats d'infraction aux résidants récalcitrants qui ont ignoré les avis de dérogation. Les constats (0,8 % de tous les permis octroyés) sont envoyés à la Cour municipale de Montréal. Les amendes se situent entre 400 $ et 500 $, un montant pas très dissuasif par rapport aux coûts de rénovation, mais on double la mise s'il y a récidive. Exceptionnellement, la cause ira en Cour Supérieure. « Mais c'est très rare », conclut M. Monty. Force est de constater qu'en matière de dissidence, le problème se limite à quelques exceptions par année qui sont réglés au cas par cas. Alors où est le problème?
Cohabitation de l'ancien et du nouveau
La cohérence des décisions qui sont prises par le Service d'aménagement urbain et patrimoine (SAUC), le CCU et les élues du conseil d'arrondissement soulève son lot d'interrogations. Qu'est ce qu'on peut faire et qu'est-ce qui est interdit à Outremont ? Les critères n'apparaissent pas toujours constants. Par exemple, des fenêtres, des escaliers, des revêtements qui avaient l'aval il y a quelques années deviennent obsolescents aujourd'hui.
« La rénovation subit la pression des courants de la mode, explique le directeur du SAUP », René Girard. « Le patrimoine était très valorisé en 1991, année où remontent les règlements sur lequel reposent les permis. Aujourd'hui, le développement durable, la végétation, les nouveaux besoins, les terrasses sur le toit, les rallonges, la popularité des couleurs et des matériaux « contemporains », posent un problème de cohérence. Une mise à jour de la règlementation s'impose. Mais avant tout la révision du cadre règlementaire doit s'inspirer d'un plan d'urbanisme qui reflète la vision des élus et définit une approche de cohabitation de l'ancien et du nouveau. » Ce plan n'existe pas à Outremont.
Un vide à combler
Rappelons que l'arrondissement est lié au plan d'urbanisme de la ville de Montréal. « Mais Outremont n'a jamais complété son propre plan, comme l'ont fait 16 des 19 arrondissements », conclut M. Girard, Un triste constat qui explique la zone nébuleuse dans laquelle on se trouve de plus en plus, incluant les décisions au cas par cas. Marie Potvin, candidate à la mairie aux élections municipales de l'automne, veut insuffler une vision et une direction au chapitre de l'urbanisme. « Conjuguer le moderne avec le patrimoine avec succès, c'est possible, comme ça été le cas pour la caserne de pompiers. L'important c'est que les rénovations s'intègrent harmonieusement avec le patrimoine. La nouvelle direction au SAUP a déjà commencé à faire le ménage. Je suis rassurée, on s'en va dans la bonne direction », dit-elle. Une volonté politique qui, peu importe l'issue de l'élection, devra se remettre rapidement en selle en matière d'urbanisme pour intégrer l'Outremont d'hier, d'aujourd'hui et celui de demain quand le Campus MIL de l'UdeM sera à nos portes en 2019.
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