On apprenait récemment que Denis Simpson prenait officiellement la barre du Théâtre Outremont après avoir assuré avec succès l’intérim de la direction générale durant plusieurs mois. L’entreprise était-elle à bout de souffle ? Doit-on s’attendre à un virage et des changements importants? Si oui, comment cela affectera les habitués de notre monument culturel ? C’est ce que nous avons demandé au nouveau titulaire lors d’une entrevue au Petit Outremont.
PHOTO LE JOURNAL D’OUTREMONT Derrière les rideaux
« Les problèmes auxquels on faisait face étaient surtout d’ordre organisationnel, » a tenu à préciser le directeur, M. Simpson. « Nous nous sommes attaqués à la réorganisation des tâches, un pas en avant nécessaire pour optimiser l’efficacité. » L’équipe de huit employés est solidifiée et prête pour la prochaine saison. « Nous avons aussi eu à prévoir la façon dont nous allons faire face au déficit cumulé (et non opérationnel, comme l’ont fait valoir certains médias) de 300 000 $. » Ce manque à gagner est en grande partie relié aux gros investissements qui ont été faits pour la rénovation de la grande salle afin de relever substantiellement le niveau technique. La création du Petit Outremont a aussi nécessité des capitaux que l’entreprise n’avait pas. « Tout cela était nécessaire », rassure M. Simpson.
Des efforts particuliers ont été faits pour ajuster les subventions accordées par le Conseil des Arts et des Lettres du Québec (CALQ), non indexées et insuffisantes depuis des années. « On s’attend à un redressement substantiel à partir de l’automne. Nous comptons aussi sur les versements de ces argents plus tôt dans l’année – idéalement la moitié de la subvention – ce qui permettra d’investir à l’avance en travail promotionnel et en planification, et en bout de piste, de récolter davantage d’entrées au théâtre », nous a-t-il confié. On prévoit également deux campagnes de financement, la traditionnelle soirée bénéfice en mai – on nous promet une grosse surprise ! – et une nouvelle levée de fonds en septembre. Pas question d’augmenter substantiellement les tarifs pour boucler le déficit. « On préfère une salle pleine à tarif accessible qu’une salle à moitié remplie à gros frais pour les spectateurs ». Le chiffre d’affaires de l’institution était de 2,5 M $ en 2017.
Plus de diversité
La direction de la programmation est maintenant assurée par Marie-Claude Tremblay. « Nous faisons un tandem formidable au niveau des idées et de l’énergie », a ajouté le nouveau directeur avec enthousiasme. « Nous allons avoir plus de diversité dans l’offre de spectacles pour rejoindre plus de gens. Il faut élargir notre base de spectateurs », concède-t-il. Les fans de jazz seront ravis d’entendre que ce populaire genre musical va prendre plus de place dans la programmation avec notamment de grands talents comme le pianiste Yves Léveillé et le saxophoniste français Yannick Rieu. On rêve : Outremont pourrait-elle devenir un embryon de Nouvelle-Orléans qui donnerait une voix au jazz à l’année ? « Nous avons ici ce qu’il faut, un des meilleurs directeurs techniques à Montréal et d’excellents sonorisateurs », selon M. Simpson.
On mise également sur des formes de théâtre intimiste, des œuvres qu’on pourra présenter au Petit Outremont. Des séries comme les Mardis métissés qui mettent en valeur des talents d’origines diverses prendront une place plus grande. « Le Théâtre Outremont est un organisme sans but lucratif (OSBL) et à ce titre, doit rendre des services culturels diversifiés au plus grand nombre » reconnaît-il.
Outremont, une assise solide
Le nouveau directeur a profité de notre rencontre pour reconnaître l’importance des gens d’Outremont dans l’histoire du Théâtre. « C’est une assise solide, nous devons en tenir compte. » Par exemple, le Ciné-Outremont du lundi restera toujours un volet essentiel, et les représentations de 16h qui attirent les gens du quartier resteront à l’affiche. La programmation s’inspire notamment de sa clientèle première avec des événements comme le Festival international de la Littérature (FIL), Les Salons d’Ariane et ses rencontres avec des artistes. « Nous voulons participer davantage à la vie de quartier, avec les écoles et les différents groupes culturels. » Une volonté qui devrait faire sa marque sous la nouvelle direction.
Pas un cabaret
« Nous allons continuer à privilégier l’écoute, les mots sont importants dans les spectacles, il y a toujours une certaine poésie. On se rend compte que le Théâtre Outremont est un monument chargé d’histoire, les gens aiment y retrouver l’ambiance et l’esprit du lieu, nous tenons à ne pas devenir un cabaret, pour préserver le lien d’intimité qui se crée avec l’artiste, sur la scène et non pas dans la salle », nous promet le directeur.
Un des grands défis de l’institution c’est de faire face aux avancées technologiques, à la nécessité de renouveler l’équipement, compte tenu de ressources financières limitées. « Nous devons envisager le virage numérique, moderniser l’éclairage, prévoir des bris de matériel, toutes sortes de dépenses essentielles que le spectateur ne remarquera pas mais qui sont nécessaires pour que les productions soient à la hauteur », constate-t-il. Et les mécènes, essentiels pour l’avenir, ne se bousculent pas aux portillons jusqu’à présent.
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