Chaque semaine, Marie-Anne Poggi de la bibliothèque Robert-Bourassa nous propose un coup de cœur littéraire.
La Vraie Vie d’Adeline Dieudonné (L’Iconoclaste, 2018), 266 pages.
Le hasard a voulu que je lise successivement deux premiers romans : Ça raconte Sarah de Pauline Delabroy-Allard (Minuit, 2018), dont je vous ai parlé il y a quelques semaines, et maintenant, La Vraie Vie d’Adeline Dieudonné. Deux récits anxiogènes et déroutants où la tension est palpable du début à la fin.
« À la maison, il y avait quatre chambres. La mienne, celle de mon petit frère Gilles, celle de mes parents et celle des cadavres. » Avec un tel début, comment ne pas vouloir poursuivre la lecture.
La Vraie Vie se déroule sur cinq ans, dans un pavillon terne semblable à tous les autres du lotissement que l’on nomme « le Démo ». Y habitent, entre autres, quatre membres d’une même famille, à commencer par le père, comptable au parc d’attractions de la région, un être violent, craint par son clan, qui aime chasser, boire du whisky et regarder la télévision. Ah oui, cette fameuse pièce des « cadavres », c’est la sienne, interdiction d’y entrer sans sa permission.
La narratrice est la fille de cette famille dysfonctionnelle. Selon elle, sa mère est « une amibe », au service de son mari qui pique des colères incontrôlables et qui lui sert de « punching ball » quand il a besoin d’évacuer son trop plein.
Elle élève du mieux qu’elle peut sa fille et Gilles, son fils. Ses seuls réconforts : cultiver son jardin, prendre soin de sa chèvre Muscade, de ses chevreaux Cumin et Paprika. Maigre consolation pour cette femme au foyer qui n’a pas les outils nécessaires pour affronter sa brute de mari.
Autour de ce lotissement : le bois des Petits Pendus, un cimetière de voitures envoyées à la casse, quelques voisins et le professeur Yotam Pavlović qui sera possiblement la planche de salut de la narratrice.
Au début de La Vraie Vie, Gilles a six ans, soit quatre de moins que sa grande sœur qui veille sur lui. Ils s’entendent bien et chaque soir, au son de La Valse des fleurs de Tchaïkovski, une camionnette circule dans les rues pour vendre des glaces. La narratrice commande toujours « un chocolat-stracciatella dans un cornet avec de la chantilly », tandis que son frère mange une glace vanille-fraise. Un moment de détente et de plaisir dans leur quotidien.
Et puis bang ! Un tragique accident survient. Du jour au lendemain Gilles, qui avait le rire facile, ne dit mot, ne mange plus, change d’attitude : plus rien ne l’intéresse. Il commet des actes gratuits et méchants.
À partir de là, le vœu le plus cher de la narratrice est que son petit frère redevienne comme avant. Elle élabore un plan pour y arriver et se dit que si elle pouvait remonter l’horloge du temps…
Auteure belge née en 1982, Adeline Dieudonné a un souffle, un sens de la formule et du rythme. On ne sort pas tout à fait indemne de ces 266 pages. Vous avez le cœur bien accroché ? Lisez ce livre. Vous m’en donnerez des nouvelles !
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