Chaque semaine, Marie-Anne Poggi de la bibliothèque Robert-Bourassa nous propose un coup de cœur littéraire.
La Terre de Sylvie Drapeau (Leméac, 2019), 103 pages.
C’est un récit rempli de tendresse et d’amour que nous offre Sylvie Drapeau avec La Terre, dernier tome d’une tétralogie commencée en 2015. Le jour est donc arrivé où je dois faire mon deuil de cette famille tissée serrée à laquelle je me suis attachée… Mais je suis certaine de ne pas être la seule à vivre ce même déchirement.
Souvenez-vous : Le Fleuve relatait la noyade sur la Côte-Nord de Roch, le frère aîné de la fratrie alors que Sylvie n’avait que cinq ans. En 2017, l’écrivaine poursuivait avec Le Ciel, qui mettait de l’avant Guigui, la mère du clan, condamnée par un cancer du sein. Un an plus tard, L’Enfer dépeignait la descente dans la folie de Richard, le benjamin des garçons, mort des suites d’un accident de voiture à l’âge de 35 ans.
Cette veine noire de la destinée allait-elle enfin se calmer avec La Terre, me demandais-je avant de commencer ma lecture. Il me semblait que le malheur avait assez frappé la famille composée de deux garçons et de cinq filles. Il faut croire que non, puisqu’avec ce dernier opus, il est question de la sœur aînée, Suzanne, emportée en 2010 à seulement 51 ans, à la suite d’une « explosion de vaisseaux sanguins » dans son cerveau.
La Terre commence ainsi : « On dit que seuls les coriaces peuvent survivre, mais on dit aussi que les apparences sont trompeuses. Ainsi, de nous deux, c’était toi, ma sœur, qui devais mourir en premier. » Suzanne avait plusieurs talents dont celui de sculpter, rénover, bâtir, cuisiner. Elle aimait les femmes aussi.
« Comment n’ai-je pas vu la gravité de ton état ? J’étais trop prise par ma propre chute, ma fulgurante incapacité. » Car Sylvie, au même moment, alors âgée de 48 ans, vivait une autre sorte de souffrance, tout en élevant ses deux garçons et enchaînant pièce de théâtre sur pièce de théâtre.
Être à la hauteur des attentes de nos parents sans trop y laisser de plumes, est-ce une mission réaliste ? Surtout avec un père exigeant, travaillant et ne supportant pas la fainéantise.
Sylvie Drapeau de dire lors du décès de Suzanne : « C’est en faisant le deuil de toi que j’ai entrepris le voyage de ma reconstruction. » Je nous souhaite que nos morts aient une telle portée.
J’espère de tout cœur que ce récit ne soit pas un point final à l’œuvre littéraire de Sylvie Drapeau.
Réservez ce titre dans le réseau des bibliothèques de Montréal : https://nelligandecouverte.ville.montreal.qc.ca/iii/encore/search/C__SDrapeau%2C%20Sylvie.%20La%20Terre__Orightresult__U?lang=frc&suite=cobalt
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