Chaque semaine, Marie-Anne Poggi de la bibliothèque Robert-Bourassa nous propose un coup de cœur littéraire.
La femme qui ne vieillissait pas de Grégoire Delacourt (Jean-Claude Lattès, 2018), 246 pages.
La femme qui ne vieillissait pas se lit d’une traite. Ce roman, malgré une histoire assez improbable – quoique ? –, soulève des questions fort pertinentes sur un tas de sujets, comme le regard des autres sur l’apparence physique.
La parole est donnée à Martine, fille unique née en France le 17 janvier 1953. Cette jeune femme changera son prénom pour celui de Betty et comme elle le dit : « À 21 ans, je suis née pour la deuxième fois. » Mais n’anticipons pas trop.
Petite fille curieuse et en bonne santé, nous suivons son parcours de sa première année à ses 63 ans, à travers des moments-clés de sa vie, dont voici quelques exemples.
À sept ans, son père revient de la guerre d’Algérie avec une jambe en moins ; à 13 ans, elle devient orpheline. Sa mère, âgée de 35 ans, est heurtée par une voiture en sortant du cinéma et meurt sur le coup ; à 15 ans, Martine vit sa première rupture amoureuse ; à 16 ans, elle assiste au mariage en secondes noces de son père avec Françoise – divorcée et mère d’un garçon de son âge ; études de lettres avant son premier emploi d’institutrice ; rencontre à 18 ans d’André Delattre, né dans une famille de cultivateurs qui, six ans plus tard, deviendra son mari ; naissance de leur fils Sébastien. Nous n’en sommes qu’au début…
À ses 30 ans, par l’entremise d’une amie, Martine fait la connaissance de Fabrice, portraitiste qui désire la photographier. À chaque année, durant 33 ans, il prendra un cliché de cette femme qui ne vieillit pas : « Le temps n’a pas de prise sur toi. » Pour une majorité, ce serait un compliment. Combien ont recours à la chirurgie esthétique pour avoir un look éternellement jeune ? Pour Martine, c’est une plaie, car elle voit son éternelle jeunesse comme un « châtiment ».
Grégoire Delacourt sait très bien se mettre dans la peau des femmes. Nous ressentons ce que doit vivre en permanence Martine, surtout depuis le moment où elle a arrêté de vieillir extérieurement. Et qui sait si cette histoire, qui peut paraître à prime abord insensée, ne deviendra pas réalité dans quelques décennies. La science n’a pas de limite !
Plusieurs phrases à méditer ponctuent ce roman. En voici un exemple parmi tant d’autres : « Peut-être devenons-nous ceux qui nous manquent. Peut-être remplissons-nous le vide, par angoisse du vide. Peut-être cristallisons-nous ce qu’ils ont été pour les garder auprès de nous toujours. »
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