Chaque semaine, Marie-Anne Poggi de la bibliothèque Robert-Bourassa nous propose un coup de cœur littéraire.
Un certain Paul Darrigrand de Philippe Besson (Julliard, 2019), 211 pages.
En 2017, Philippe Besson nous offrait le magnifique « Arrête avec tes mensonges », à la mémoire de Thomas Andrieu (1966-2016), le grand amour de ses 17 ans. Deux ans plus tard, dans Un certain Paul Darrigrand (Julliard, 2019), l’auteur relate la relation amoureuse et tumultueuse de ses 21 ans avec un jeune homme de trois ans son aîné.
Le roman commence avec ces mots : « La photo, je ne la cherchais pas. Je suis tombé dessus par hasard, parce que je m’apprêtais à déménager et que j’avais entrepris de me débarrasser de ces choses qu’on entasse dans des armoires […]. Pour être parfaitement honnête, j’en avais presque oublié l’existence. Vous savez : le temps qui passe, la mémoire qui fait ses choix. »
La photo dont il est question ici a été prise sur l’île de Ré en 1988, à quelques jours de Noël. On y voit, entre autres, Paul (celui du titre) et le narrateur-auteur dont le nom n’est jamais prononcé.
Le narrateur prend parfois à partie le lecteur et l’invite à regarder dans le rétroviseur… Mais pour bien comprendre l’importance qu’a eue Paul dans sa vie, il remonte le fil du temps, plusieurs mois avant la prise du cliché.
Normandie, juin de la même année. Le narrateur vient de terminer ses études à Rouen, où il a obtenu son diplôme d’école de commerce pour faire plaisir à son père qui habite Barbezieux, en Charente. Solitaire et malheureux, il fait ses valises en direction de Bordeaux où il loue une chambre rue Judaïque, car il entame, en septembre, sa dernière année universitaire.
Paul Darrigrand étudie au même endroit que le narrateur, mais suit un autre cursus. À la cafétéria, il se présente : Paul Darrigrand. Fils unique, né à Hossegor dans les Landes, il est marié depuis quatre ans à Isabelle, infirmière à Bordeaux dans une unité psychiatrique. Malgré cette situation, Paul et le narrateur vont tranquillement se rapprocher, s’apprivoiser, s’aimer follement ; mais rien n’est simple, encore moins quand la maladie frappe…
Que de questionnements soulevés dans ce roman ! Et que dire des doutes, de l’attente, du plaisir des retrouvailles, des corps qui se cherchent et se trouvent, les moments d’euphorie puis de déception et de tristesse.
Philippe Besson nous offre un très beau texte sur l’amour et ses conséquences avec, en prime, un nouvel éclairage sur certains de ses romans : En l’absence des hommes (2001), Sonfrère (2001) et Un garçon d’Italie (2003).
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