Chaque semaine, Marie-Anne Poggi de la bibliothèque Robert-Bourassa nous propose un coup de cœur littéraire.
Tous les hommes désirent naturellement savoir de Nina Bouraoui (éditions Jean-Claude Lattès, 2018), 264 pages.
Le 16e roman de l’écrivaine d’origine franco-algérienne Nina Bouraoui, Tous les hommes désirent naturellement savoir, débute par ces mots : « Je me demande parmi la foule qui vient de tomber amoureux, qui vient de se faire quitter, qui est parti sans un mot, qui est heureux, malheureux, qui a peur ou avance confiant, qui attend un avenir plus clair. »
Comme vous l’aurez compris, il est ici question d’amour, à commencer par celui d’une fille, pas comme les autres, pour sa mère, mais également d’un attachement très profond à l’Algérie où Nina Bouraoui a eu une enfance heureuse et à la France qui lui a permis de vivre son premier amour féminin.
Avec Tous les hommes désirent naturellement savoir, l’écrivaine ajoute une pierre de plus à la construction de la maison qu’elle bâtit depuis bientôt deux décennies. Composé de brefs chapitres, ces instantanés photographiques alternent, en majorité, entre Rennes, Alger et Paris.
Nina et sa sœur, son aînée de cinq ans, sont le fruit de deux cultures. Leur mère est française et leur père, algérien musulman, est venu faire ses études à la faculté de droit et d’économie de Rennes. C’est à la mairie de cette commune qu’ils se sont mariés avant d’aller vivre à Alger. « Ma mère est arrivée en Algérie quand les Français, les colons, quittaient le pays. »
Aujourd’hui âgée de 51 ans, Nina Bouraoui, qui ne parle pas arabe et ne croit pas en Dieu, évoque ses 14 années passées en Algérie, avant de revenir en France le 17 juillet 1981.
À 18 ans, alors qu’elle fait son bac, Nina fréquente à raison de trois à quatre soirs par semaine le Katmandou, plus communément appelé le Kat, club lesbien situé dans le 6earrondissement parisien, rue du Vieux-Colombier. À cet âge-là, Nina n’assume pas encore son attirance pour les femmes. Elle devient paranoïaque, craignant que l’on découvre son homosexualité et par le fait même, doit parfois mentir. Elle se sent honteuse, coupable, est effrayée par le sida, etc.
Les mots peuvent beaucoup, mais pas tout, même si elle dit : « J’écris pour être aimée et pour aimer à l’intérieur de mes pages. Je réalise mes rêves en les écrivant – je m’invente, ainsi, de nombreuses liaisons, vainquant ma peur des femmes et de l’inconnu. » (p. 115-116)
Nina Bouraoui franchira les étapes progressivement, « […] je dois quitter mon enfance pour exister », surmontera ses peurs – elles sont nombreuses –, se tiendra au Kat avec la « bande d’Ely » où elle dansera son premier slow avec Julia, une Colombienne de presque 30 ans qui l’attire, mais vers laquelle elle n’est pas capable « d’aller plus loin » que de l’embrasser.
Les titres de chapitres, « Devenir », « Se souvenir », « Savoir » et « Être » s’entrelacent, se répondent, se complètent, nous permettant de suivre la jeune fille en devenir qui se souvient de son enfance en Algérie, de ses amis, surtout d’Ali, qui veut connaître ses origines familiales, avant de pouvoir être celle qui deviendra l’écrivaine et l’amoureuse.
Bien écrit, ce témoignage sincère et touchant sera, je l’espère, une source d’inspiration pour les femmes et les hommes de tous âges qui ont de la difficulté à s’affirmer, à accepter leur identité sexuelle.
Réservez ce titre dans le réseau des bibliothèques de Montréal :
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