Chaque semaine, Marie-Anne Poggi de la bibliothèque Robert-Bourassa nous propose un coup de cœur littéraire.
Millénium Blues de Faïza Guène (Fayard, 2018), 234 pages.
Dans le roman de Faïza Guène, Millénium Blues, la narratrice Zounia, dite Zouzou, est fille unique. Ses parents, Lucie et Akli Azouz, ont divorcé après 15 ans de vie commune. Lucie a eu la garde de sa fille, tandis qu’Akli, berbère né en Algérie, se laisse aller depuis qu’il n’a plus de travail. Et dire qu’à une certaine époque, il était le « king du bâtiment » !
Chacun des courts chapitres correspond à une étape de la vie Zouzou qui raconte son parcours jusqu’à la mi-trentaine et celui de quelques membres de son entourage.
Zouzou et Carmen Pereira sont devenues amies alors que l’une avait 12 ans et l’autre, 14. Leur quotidien est comme celui d’une majorité d’adolescentes, jusqu’à ce jour caniculaire de l’été 2003, où la vie de Carmen bascule. « Il a des moments inattendus dans la vie qui vous font littéralement perdre l’équilibre », de dire Zouzou, page 160.
Paris, 11 août 2003, porte de Clichy. Zouzou et Carmen sont en auto. Il fait chaud, trop chaud. La climatisation fonctionne mal, elles sont prises dans un bouchon de circulation, une mauvaise manœuvre et Carmen, à peine âgée de 20 ans, frappe un scooter. Bang ! Une jeune femme meurt laissant dans le deuil son fiancé et leur garçon de trois ans. Malgré le jugement d’homicide involontaire, la vie de Carmen prendra beaucoup de temps à se reconstruire. Il y a eu un avant 11 août 2003 et un après. Zouzou tente de tout faire pour aider son amie qui se laisse couler.
À 22 ans, Zouzou rencontre Endy qui désire faire carrière comme acteur. Même si rien n’est simple entre eux, il deviendra malgré tout le père de leur fille Lila. Pour gagner quelques sous, la narratrice se rend trois jours par semaine dans le 15e arrondissement parisien, chez Simone, octogénaire à qui elle s’attache.
Il y a une forme de nostalgie dans ce Millénium Blues, pour ces jeunes qui ont grandi dans les années 90 – ce qui est le cas de l’auteure.
Roman qui soulève aussi plusieurs questions : peut-on surmonter une forme de culpabilité ? Peut-on se pardonner ? Est-ce que le bonheur est encore possible après avoir accidentellement tué quelqu’un ? Et l’espoir ?
Le style de Faïza Guène est alerte, le langage coloré et elle reprend quelques thèmes déjà abordés dans son précédent roman Un homme, ça ne pleure pas (Fayard, 2014) que j’avais, par ailleurs, beaucoup aimé.
J’ai envie de faire mienne ce que l’on peut lire page 229 : « […] Tous autant que nous sommes, nous devons espérer. Cela devrait être un droit fondamental, qu’il faudrait inscrire dans la constitution. Ceux qui espèrent ont toujours une longueur d’avance. »
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