(semaine 6)
Chaque semaine, l’écrivain en résidence de la bibliothèque Robert-Bourassa, Bertrand Gauthier, nous propose un petit texte. Dans ses billets, il traite d'un sujet qui le touche, parfois littéraire, parfois sportif, suivi d'un haïku et de lectures recommandées.
Charivaris, tintamarres et brouhahas ambiants
Les jeunes ne savent plus écrire,
l’intimidation règne en maîtresse des lieux,
les nids-de-poule décorent les rues,
la circulation est un vrai cul-de-sac,
le béton armé se désarme,
les viaducs s’effritent,
les ponts menacent de s’effondrer,
on se meurt d’attendre dans les urgences,
on se désespère de trouver une place en garderie,
l’exaspération est constante.
Et moi, je me faufile,
je lis, je cours et j’écris,
j’amoure ma dulcinée
et je fais du yoga.
Les gangs errent dans les rues,
les pédophiles campent à proximité de leur proie,
les malades mentaux sont abandonnés dans les ruelles,
les couples s’engueulent à la télé et se déchirent à la maison,
le désespoir s’insinue dans nos lits refroidis.
Et moi, je me faufile,
je lis, je cours et j’écris,
j’amoure ma dulcinée
et je fais du yoga.
Le chômage progresse, l
a déflation nous guette,
la crise économique nous frappe de plein fouet,
l’endettement est incontrôlable,
la productivité est au plus bas,
les villes suintent la pauvreté,
les injustices sont criantes,
les escrocs s’invitent à notre table,
la corruption se rit de nous,
l’impuissance nous étouffe.
Et moi, je me faufile,
je lis, je cours et j’écris,
j’amoure ma dulcinée
et je fais du yoga.
Les ouragans se déchaînent,
les volcans s’enflamment,
les forêts sont rasées,
la Terre tremble,
les glaciers s’effacent,
l’oxygène se raréfie,
les famines se multiplient,
l’apocalypse fait son nid dans nos cœurs contaminés.
Et moi, je continue à me faufiler,
à lire, à courir et à écrire.
Et moi, je persiste à amourer ma dulcinée
et à faire du yoga.
Haïku no 6
Ciel houleux —
l’albatros s’envole vers les neiges éternelles
Lectures recommandées :
* L’empire de l’illusion de Chris Hedges aux éditions Lux. Un essai décapant et convainquant qui ne peut laisser indifférent. Et le roman Karoo de Steve Tesich. Un ovni à l’humour corrosif sorti de nulle part. Un Gatsby le magnifique en plus cynique qui serait implanté à notre époque.
* L’œuvre de Nelly Arcan, spécialement son premier roman Folle, bouleversant de lucidité et de détresse. Et le roman Parfum de poussière de Rawi Hage qui fait un portrait cinglant de l’absurdité de la violence et de la guerre.
* Et pour compléter, je vous invite à visionner les documentaires Survivre au progrès et La Corporation. Je ne vous en dis pas plus, vous verrez par vous-mêmes.
(Bertrand Gauthier, collaboration spéciale)




