Chaque semaine, Marie-Anne Poggi de la bibliothèque Robert-Bourassa nous propose un coup de cœur littéraire.
PHOTO COURTOISIE Le Baiser de Sophie Brocas (Julliard, 2019), 300 pages.
C’est la première fois que je lisais une œuvre de Sophie Brocas qui a publié récemment chez Julliard, Le Baiser. Non, non, pas celui de Rodin mais celui de Brancusi.
« Le Baiser est une sculpture en pierre de l’artiste Constantin Brancusi. L’oeuvre et son socle forment la stèle de la tombe d’une jeune femme, au cimetière du Montparnasse. Autour de l’histoire de cette sculpture, l’auteure a créé une oeuvre imaginaire sans lien avec la réalité... » Nous voici avertis. Une foule de détails révélés au cours du récit sont vérifiables, pour le reste, il nous faut accepter la part de fiction.
Ceci étant dit, Sophie Brocas nous offre un roman polyphonique au « je » qui, en alternance, donne la parole à Camille, Parisienne de 43 ans, et à Tatiana Rakoska, Russe de 22 ans, née le 6 avril 1887 et dont le grand-oncle ne serait nul autre que Tolstoï.
XXIe siècle : Camille, de son nom d’état civil Vénus Ravani est, depuis 13 ans, avocate au sein du cabinet McAnton, spécialiste dans le droit de la propriété industrielle. Du matin au soir, son quotidien est réglé comme une horloge suisse. Célibataire, sans enfants, elle ne se permet que le dimanche comme jour de congé. Elle reste alors chez elle, dans son studio situé non loin du Sacré-Cœur, à faire… du tricot.
1910 : Tatiana, dite Tania, a dû quitter St-Pétersbourg et sa mère, pour venir se réfugier à Paris. Durant ses études de médecine, Tania réside chez sa tante, avenue George-V. La jeune femme fréquente des gens pauvres, que ce soit Marthe, une ouvrière, ou Sergueï et Youri, des camarades d’études. Elle a aussi le privilège d’assister son professeur, le docteur Bémard, roumain d’origine, qui planche sur les pneumobacilles.
Précisons que c’est ce même docteur Bémard qui va lui présenter son ami et sculpteur Constantin Brancusi (1876-1957). Son atelier, sis au 54, rue du Montparnasse, est visité par les plus grands de son époque : Modigliani, le Douanier Rousseau, Marcel Duchamp, Apollinaire, Man Ray et plusieurs autres.
Un siècle sépare ces deux femmes de conditions et de professions différentes. Pourtant, Camille va se pencher sur le destin tragique de cette aristocrate russe qui a émigré à Paris. Nous détenons, en tant que lecteur-lectrice, un avantage sur Camille puisque, contrairement à cette dernière, nous avons accès au journal tenu par Tania du 30 janvier 1910 au 22 novembre de la même année.
Un matin, la routine de l’avocate est bouleversée quand un voisin, Marc Comard, directeur des cimetières de la Ville de Paris, l’apostrophe pour lui dire : « J’ai reçu une demande d’un marchand d’art qui prétend agir au nom d’un donneur d’ordre dont il refuse de révéler le nom. Il dit être dûment mandaté pour démonter l’oeuvre de Constantin Brancusi qui orne la tombe d’une jeune Russe du nom de Tatiana Rakoska. » Comard est catastrophé et l’implore d’intervenir au plus vite pour que l’œuvre reste en sol français.
Camille avertit son cabinet qu’elle prend quelques jours de congé. Elle peut ainsi entreprendre des démarches pour, entre autres, retracer celui ou celle qui est le propriétaire de la concession funéraire et réussir à démontrer que « le socle qui est enchâssé dans la tombe fait partie intégrante du Baiser ». Commencent alors de longues recherches qui la mèneront du cimetière du Montparnasse à Beaubourg, à l’Atelier Brancusi (annexe du Centre Pompidou), d’Agadir à Tifnit, en passant par la Roumanie, à Baisoara dans les Carpates.
Durant sa quête, Camille se pose plusieurs questions : quel a été l’élément déclencheur qui a poussé Tania à se suicider en 1910 ? A-t-elle été le modèle de Brancusi, sa maîtresse ou celle du docteur Bémard ? Pourquoi précisément aujourd’hui quelqu’un désire-t-il retirer Le Baiser du cimetière du Montparnasse où l’on compte plus de 42 000 sépultures ? Est-ce une question d’argent ou pour d’autres raisons ? Et Camille dans tout cela ? Va-t-elle prendre conscience que sa vie est monochrome, pour ne pas dire monotone ? Voudra-t-elle ou pourra-t-elle, une fois l’affaire bouclée, retourner à son « ancienne » vie ?
L’intrigue du roman de Sophie Brocas est bien menée, le style est avenant sans être enlevant. L’auteure plonge de belle façon dans le Paris des années 1900 et nous fait découvrir sa faune d’artistes plus inspirants les uns que les autres. Si cette atmosphère vous plaît, ce livre est pour vous !
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https://nelligandecouverte.ville.montreal.qc.ca/iii/encore/search/C__SBrocas%2C%20Sophie.%20Le%20Baiser__Orightresult__U?lang=frc&suite=cobalt
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