À coup sûr, vous croisez Lady Sylva de temps à autre sur la rue Bernard, sans le savoir. Elle habite dans le coin depuis des dizaines d’années. Attendez, je vous la décris. Une riche crinière en boucles serrées comme ses compatriotes originaires d’Arménie, haute d’un peu plus que trois pommes, pétillante est un mot qui la décrit très bien, et un sourire charmant.
PHOTO COURTOISIE LADY SYLVA Voici Sylva Balassanian. Elle a côtoyé de grandes pointures de la chanson, Bécaud, Aznavour, Ferrat, Moustaki, Fairuz, Léveillée, sur plusieurs continents, et profité des heureux hasards de la vie avant de faire son nid chez nous.
Dans la cour des grands
Née au Liban, elle a commencé dans l’arène du spectacle à Beyrouth. Elle avait 14 ans et du front tout le tour de la tête. Ce qui lui a valu de faire la première partie des spectacles de Charles Aznavour dans les années 1970 au milieu des ruines romaines de Byblos! Une voix d’ange, disait-on, qui s’accompagnait elle-même de la guitare. Une Joan Baez en herbe, peut-être.
Sa carrière débuta donc très tôt et donnait des signes de croissance explosive à la Céline Dion. Deux ans après que Charlebois ait gagné le grand prix du Festival de la chanson de Sopot avec Ordinaire (1970), la jeune Sylva est invitée à représenter le Liban à ce festival polonais qui accueillait en 1972 le représentant du Canada, nul autre que Claude Léveillée. C’est la chanteuse libanaise Fairuz qui l’aidera à s’entraîner pour être à la hauteur du défi. Tout comme son mentor, Sylva se verra à quelques occasions confier le rôle d’ambassadrice culturelle du Liban. Une Fairuz en devenir ? Il y a des points communs.
Durant une douzaine d’années, le talent de Sylva va prendre du coffre en France, dans la ville Lumière, après avoir complété une formation de pianiste professionnelle à l’École normale de musique de Paris. « La voix, c’est l’élan; le piano, c’est la discipline » aime-t-elle à dire. C’est un mariage qui lui réussit bien avec des chansons intimes qu’elle accompagne elle-même au piano, une comparaison que le journaliste Yves Bernard (Le Devoir, mai 2015) a osé faire avec la magnifique interprète de l’Aigle noir. Une évocation de la grande Barbara.
Au Québec plus qu’ailleurs
Sa biographie est impressionnante. D’innom¬brables participations à des festivals, concerts et spectacles en solo ou accompagnée, au Liban, au Moyen-Orient ou en France. Mais surtout un peu partout au Québec, une bonne quarantaine au total. Parmi ses plus grandes fiertés, Souffles d’Orient, un album, son premier, aux confins de ses origines et de sa culture métissée, qui s’est élevé au palmarès des nominations de l’ADISQ dans la catégorie Album de l’année, Musiques du monde.
Lady Sylva fut d’abord le nom de son deuxième album. C’est l’œuvre « de la femme montréalaise que je suis maintenant », dit-elle. Lady Sylva, c’est devenu le surnom d’une femme qui s’assume, au carrefour de ses origines, de ses influences européennes et de sa vie au Québec. Elle prend la mesure du temps : « c’est ici que j’ai vécu le plus longtemps jusqu’à maintenant ».
La création dans le confinement
La pandémie est venue freiner la réalisation de son dernier projet, un album dédié à son père impliquant une chorale d’enfants migrants qui devait être déployée le 23 mars dernier. Impossible à réaliser en période de confinement. Comment faire face aux contraintes actuelles quand on est artiste dans la création ? « Je ne sais pas où cette crise va nous mener », répondait-elle au journaliste web Romain Lambric en avril dernier. « Nous poussera-t-elle à puiser dans nos ressources les plus profondes ? Est-ce que se retrouver face à soi-même va générer chez les artistes un défoulement de créativité venu du plus profond de nos tripes ? Cette épreuve peut faire de nous des survivants avec une nouvelle force intérieure, à puiser dans des ressources que nous ne connaissons pas encore. » Une chose est sûre, des épreuves, Lady Sylva n’en est pas à sa première. Et ce ne sera pas non plus sa première renaissance.
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