« Les plantes sont le véritable alphabet de mon langage visuel » aime à dire l'artiste outremontaise Daphne Boyer. Une approche non conventionnelle et un territoire peu exploité par l'art visuel. C'est pourtant ce qui inspire le parcours de cette âme ourlée d'humanisme qui entretient une relation intime avec la nature.
« Quand j'étais petite, je partais avec ma mère, une naturaliste enflammée, pour de longues balades dans la nature de ma Saskatchewan natale. Nous explorions la végétation et rapportions de nombreux spécimens que nous conservions », se rappelle-t-elle avec émotion. Une longue randonnée qui se poursuit jusqu'à aujourd'hui avec ses explorations artistiques. Pour tout dire, la nature est la matière première de son art. Elle cueille les matériaux végétaux, intéressants pour leur forme, leurs coloris ou leur rareté, des feuilles, des fleurs, des brindilles. Elle choisit des papiers à usages spéciaux pour la reproduction de ses échantillons et utilise des techniques numériques de son cru pour créer des œuvres originales.
Il y a quelque chose de très touchant dans sa démarche artistique, résultat de convergences inusitées. Beaucoup de l'héritage reçu des Premières Nations d'où elle est issue, une grande vénération pour ses aïeuls, une rigueur qui lui vient notamment de sa formation en sciences et une créativité toujours en ébullition, développée avec ses études en arts. Et puis, l'impossibilité de travailler avec les matériaux habituels des artistes, à cause d'allergies. Et par-dessus tout, le profond désir de prolonger la beauté de la nature dans la création artistique. « Je recueille des fragments végétaux en fin de croissance et je leur redonne vie, j'évoque l'éphémère beauté de la nature et son rapport avec l'histoire et les cycles de vie. »
Une de ses collections majeures est dédiée à Outremont. « Cette série offre un témoignage de la relation que j'entretiens avec les plantes que je rencontre lors de mes promenades quotidiennes dans mon quartier », poursuit-elle. Des créations inspirées notamment du fustet d'Amérique dont elle a découvert un magnifique spécimen sur l'avenue Outremont. Elle rend hommage à la noblesse et à l'importance du chêne pour ses ancêtres des Premières Nations et pour les colons de la Nouvelle-France. Elle a aussi identifié quelques spécimens de ginkgo au Cimetière Mont-Royal et sur l'avenue Saint-Germain. Comme après les randonnées avec sa mère dans la forêt de son enfance, elle partage avec nous le fruit de ses découvertes.
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