Communiqué version abrégée Diffusion Dimédia
La journaliste Michèle Ouimet signe ici un roman dont l’intrigue se déroule dans un foyer pour personnes âgées à Outremont.
PHOTO COURTOISIE Pourquoi ne pas opter, si on peut se les payer, pour le confort et la facilité ? Repas fournis, fauteuils de cuir blanc cassé dans le hall, vue imprenable sur le mont Royal, cela ne vaut-il pas mieux que de s’échiner à entretenir une maison ? C’est ce que croit Jacqueline Laflamme, grand reporter à la retraire, lorsqu’elle emménage au Bel Âge, élégante résidence pour « personnes âgées » à Outremont.
« L’Heure mauve » est un roman désopilant et rondement mené, Michèle Ouimet fait vivre toute une galerie de personnages plus vrais que nature. Les baby-boomers sont convaincus de tenir une place privilégiée dans le cortège des générations. Cela se confirme-t-il au moment où ils atteignent le grand âge et se retrouvent face à la mort ?
Avec la permission des éditions Boréal, nous reproduisons ici un extrait du livre.
Jacqueline
Jacqueline descend du taxi et prend sa valise que le chauffeur lui tend, celle qui l’a accompagnée dans ses voyages autour du monde. Le cuir est élimé, les roues protestent quand elle tire sur la poignée et la fermeture éclair bâille.
Elle y tient, à sa valise, vestige de son ancienne vie, celle où elle était la grande reporter Jacqueline Laflamme, avant le cancer, avant la peur de mourir.
Elle remercie le chauffeur et lui glisse un généreux pourboire. Le cœur battant, elle pousse la porte du Bel Âge, une résidence pour personnes âgées, en se promettant de ne pas chialer. À soixante-douze ans, elle se lance, inquiète, dans une nouvelle étape de sa vie. La dernière ? Elle préfère ne pas y penser.
Ses meubles sont arrivés hier. Elle a fait un saut à la résidence afin de s’assurer que tout était prêt dans son minuscule deux et demie au loyer astronomique de 5 000 dollars par mois. Elle a passé une dernière nuit dans sa maison, un huit pièces avec deux salles de bain, qu’elle a vendue à un couple de professionnels sans enfants. Elle a dormi d’un sommeil agité, ressassant sa décision de s’enterrer dans une résidence de vieux. Elle a toujours détesté le milieu de la nuit, ces heures en dehors du temps, sombres, oppressantes. Aux premières lueurs de l’aube, elle a avalé un somnifère. Elle s’est réveillée quelques heures plus tard avec une tête d’enterrement et une humeur exécrable.
Pourquoi a-t-elle choisi une résidence snob d’Outremont ? C’est la centième fois qu’elle se pose la question. Elle n’a pas été élevée dans une maison chic de la rue Bernard, mais à Otterburn Park, une banlieue anesthésiante où elle a failli mourir d’ennui. Peut-être voulait-elle que les juges, les avocats et les médecins qui vivent au Bel Âge reconnaissent son talent et sa brillante carrière, pour laquelle elle a tout sacrifié ? Car il ne lui reste que ça, la reconnaissance, les souvenirs, la nostalgie, mais aussi la colère et l’amertume. Ses heures de gloire sont loin derrière elle. Jacqueline soupire, ces souvenirs la tuent.
Éditions Boréal
366 pages – 27,95 $
Aussi disponible en format numérique
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