Le journal d’Outremont rend hommage à des écrivains de l’arrondissement en vous informant de leur plus récent ouvrage. Sous le nom de Karl-Erik Horlange, l’auteur signe ici un roman autoédité intitulé « Agonie d’une passion, carnets sous l’Occupation (1942-1945) ».
Passionné par la période de l’Occupation en France, Karl-Erick Horlange a tenu à sortir de l’oubli un écrivain qui fut en son temps une figure du Tout-Paris et à nous transmettre son journal inédit.
La découverte des carnets contenant le journal de Franz von Arx remonte à 1983. Né au début du XXème siècle, il appartient par son père à une des plus anciennes familles allemandes. Par sa mère, française, il descend de la petite noblesse bretonne. Son père, proche du Kaiser Guillaume II, disparait mystérieusement pendant la révolution de novembre 1918, alors que Franz est encore adolescent. Installé en France avec sa mère peu de temps après, il achève ses études en province, avant de monter à Paris pour se consacrer à la carrière des lettres.
Romancier et dramaturge, il fréquente rapidement le Tout-Paris littéraire. Son œuvre, multiple, sans doute trop hétéroclite, est quasiment introuvable en France aujourd’hui.
Écrivant exclusivement en français, Franz von Arx a cependant toujours entretenu des liens étroits avec l’Allemagne, où il se rend régulièrement jusqu’en 1933. C’est l’avènement de Hitler qui lui fit déserter la terre paternelle : s’il n’a jamais condamné le national-socialisme, il ne l’a jamais compris non plus. Son Allemagne à lui, c’est l’Allemagne aristocratique des grandes familles de Junkers, dont les derniers représentants devaient périr victimes des suites de l’attentat du 20 juillet 1944.
Au lendemain de la guerre, Franz von Arx disparaît de la scène littéraire. Il s’installe en province, ne quittant sa retraite que pour des voyages lointains dont nous ne savons rien. Il s’éteint au milieu des années soixante-dix, après avoir détruit l’intégralité de ses papiers et manuscrits. Seuls ont subsisté les carnets qui sont publiés aujourd’hui. L’intérêt de ces carnets, qui contiennent le Journal intime tenu par Franz von Arx entre le 9 février 1942 et le 4 juillet 1945, c’est au lecteur d’en décider. Nous avons juste voulu porter à sa connaissance un témoignage sur les années noires de l’Occupation vécues par un écrivain parisien trop méconnu et faire revivre en même temps l’histoire d’une passion humaine.
EXTRAIT DU LIVRE
14 mars 1942
Sylvain, qu'hier, pour la première fois depuis longtemps, j'ai nommé dans ce carnet, je l'ai entr’aperçu précisément le soir même, à la Comédie Française, où Pierre m'avait entraîné pour assister à une représentation du Misanthrope. Quelle étrange coïncidence. Je ne me souviens plus avoir été mis en sa présence depuis le début de la guerre. Notre dernière rencontre, si ma mémoire ne me trahit pas, remonte à ce cocktail chez Florence. Sylvain, qui venait de triompher dans une pièce de Cocteau, paradait au milieu d'un cercle de jeunes admirateurs. Il les avait pourtant abandonnés, sans l'ombre d'une hésitation, pour venir me saluer, sitôt qu'il m'avait aperçu. Au milieu de cette foule mondaine, les propos échangés ne dépassèrent pas le registre de la banale politesse. Pierre, accaparé un peu à l'écart par l'ennuyeuse conversation du pianiste Domenego Alvanjuez, ne nous avait pas quitté des yeux pendant ce bref échange. A peine Sylvain était-il reparti se mêler au groupe de ses adulateurs, que Pierre m'avait rejoint. « J'ignorais que tu connaissais Sylvain », m'avait-il dit, ne parvenant pas à dissimuler un certain agacement où pointait un soupçon de jalousie. « Mais qui ne connaît pas Sylvain ? » avais-je simplement répondu en souriant, tant l'endroit me paraissait inopportun pour me livrer devant Pierre à de plus amples confidences. Nous n'en avions pas reparlé par la suite.
Hier, au Français, Sylvain était installé, un peu en retrait, dans la loge du baron Calvet. Il semblait fatigué, quelque peu amaigri, les traits tirés, comme d'un convalescent. Pierre a surpris mon regard : « l'opium », a-t-il simplement murmuré, et je me suis souvenu des rumeurs qui avaient couru, ces dernières années, pour expliquer la disparition de Sylvain des scènes parisiennes. Combien je me félicite, aujourd'hui encore, qu'au temps de mes vingt ans, lorsque j'ai débarqué à Paris, André ait su me mettre en garde contre la pernicieuse influence des gens que je fréquentais alors, que j'allais presque chaque soir retrouver au Bœuf sur le toit avant que ses amicales injonctions ne mettent un terme à mes débordements stériles. En me quittant, Sylvain avait fait un tout autre choix dont il payait aujourd’hui trop lourdement le prix.
Par Karl-Erick Horlange
172 pages
ISBN : 978-2-9817418-0-6 (version imprimée)
ISBN : 978-2-9817418-2-0 (version numérique PDF)
ISBN : 978-2-9817418-1-3 (version numérique ePub)
Droits de reproduction et de traduction réservés pour tous pays
Disponible sur lulu.com au format papier, pdf et epub.
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