À l’aube, on les voit caisses à la main dans les rues d’Outremont et de Ville Mont-Royal. Ils sont des laitiers de quartier depuis 4 générations. La pandémie aurait pu les faire plonger. Mais ils ont assuré.
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PHOTOS ARCHIVES NATIONALES DU QUÉBEC et SITE WEB DES LAITERIES DU QUÉBEC |
Les débuts à cheval
Réal a 6 ans lorsqu’il commence à travailler de temps à autre avec son père, Urgel Berthelet, en 1946. Avec un cheval et une voiture, père-fils font leur « run de lait » pour la laiterie Elmhurst, dont l’une de ses succursales a déjà été située au 6240 Hutchison dans Outremont, selon l’annuaire Lovell.
En 1955, alors qu’Urgel arrête de travailler, Réal a 15 ans. Mais surtout : le feu sacré. Un feu sacré qui le mène à devenir « helper » pour un voisin laitier. Puis à se voir confier Peggy, la jument, pour de la livraison de lait à domicile dans Côte-des-Neiges, un an durant.
Aujourd’hui âgé de 80 ans, Réal Berthelet garde d’immuables souvenirs de cette époque où il fallait isoler les bouteilles de lait en verre avec du papier journal pendant l’hiver pour ne pas que ça gèle.
Or, ce dont il se souvient le plus est ce jour de première neige à Montréal, où Peggy la jument est tombée dans la descente du chemin de la Côte-des-Neiges, près de la rue Jean-Talon, en plein heure de pointe. « J’avais peur du cheval, dit-il. Il était couché par terre et ce sont finalement des gens qui s’en allaient travailler à Blue Bonnets qui l’ont relevé », raconte-t-il au téléphone.
Sur les traces de grand-père
Avec son camion, le laitier Réal Berthelet a sillonné pendant près de 50 ans les rues d’Outremont. Puis environ 20 ans celles de Ville Mont-Royal.
En 2002, son gendre Patrick Moisan a acheté ses routes. Réal a pris sa retraite huit ans plus tard, à l’âge de 69 ans. Mais entretemps, ses petits-fils, Cédric et Simon-Nicolas Moisan, ont aussi embarqué dans l’aventure de Distribution Moisan et Fils.
« L’explosion »
Patrick Moisan, 57 ans, n’en revient toujours pas de ce qui s’est produit la première semaine d’avril, en plein confinement. Par le biais de son site Internet, laitier.ca, créé en 2016, il a reçu pas moins de 400 courriels en une semaine. « Les gens nous ont trouvé en ligne et ça a été l’explosion du service à domicile ! », s’exclame-t-il, en précisant que les demandes fusaient de partout du Grand Montréal.
Aussitôt, M. Moisan a rappelé les deux employés sur la PCU, fait appel à une amie pour gérer les commandes en ligne et ajouté deux camions à sa flotte. « Je voulais servir tout le monde », dit-il. En fait, « si ça n’avait pas été de l’explosion de ces commandes en ligne, il y a certainement une partie de l’entreprise qui aurait coulée », affirme-t-il.
Son fils et associé, Cédric Moisan, 33 ans, est de son avis. Mais observe aussi par ailleurs, de plus en plus de laitiers à domicile — et sur le web depuis le début de la pandémie.
Distribution Moisan et Fils compte aujourd’hui 8 employés, 5 camions et plusieurs centaines de clients, résidentiels et commerciaux.





