Si vous croyez que la vie de curé est un long fleuve tranquille, détrompez-vous. Le parcours trépidant des hommes d’église, rare autrefois, devient un chemin plus fréquenté. Celui du Père Robert Lachaine, clerc de Saint-Viateur et curé de la paroisse Saint-Viateur, est tout sauf ordinaire.
PHOTO ARCHIVES LE JOURNAL D’OUTREMONT Vivre avant de s’engager
« Qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? », lui demandait-on à répétition à l’adolescence. Le métier de professeur l’attirait, mais les Frères « reproducteurs de vocation », comme il les appelle avec humour, ont eu gain de cause. C’est à l’époque de la baisse drastique des vocations au Québec qu’il entre au noviciat des Clercs de Saint-Viateur à l’âge de 20 ans. Sa formation sera de quelques mois seulement. L’effervescence des années ‘70 au Québec l’appelle. Les expériences humaines seront sa raison de vivre durant les deux décennies suivantes. Il a touché le cinéma chez France Films comme technicien, le chant avec Clairette, le théâtre avec Nathalie Naubert, le spectacle à la boîte Le Figaro comme placier, puis serveur durant neuf ans à la populaire brasserie Le Gobelet qui faisait salle comble après les matchs des Expos au parc Jarry. « Moi qui étais d’une très grande timidité à cause d’une enfance troublée, je me suis fait une carapace et j’ai pris confiance au contact de gens connus et respectés, politiciens et artistes », nous a-t-il confié. À l’âge de 40 ans, il revient au point de départ pour vivre la foi catholique en communauté avec l’immense besoin de se retrouver.
Curé de campagne d’abord
Ordonné prêtre six ans plus tard, il devient un homme d’église riche des expériences passées, capable de comprendre les aléas de la condition humaine. Et très certainement un des rares curés à avoir connu les hauts et les bas de la vie de couple! C’est en Gaspésie qu’il exercera son rôle de curé durant plusieurs années. Un vrai curé de campagne, sillonnant beau temps mauvais temps les nombreuses paroisses sous son aile, avec une préférence marquée pour le village de Mont-Louis qui lui rappelle les quelques doux moments de son enfance dans le quartier Sainte-Rose à Laval. Rien ne l’effraie, il tutoie les extrêmes. Séjour prolongé à Chicago en vue d’une maîtrise en liturgie en langue anglaise, animateur spirituel – et aussi choriste ! – à l’Institut Pinel, un hôpital psychiatrique à haute sécurité, directeur spirituel auprès des étudiants du Collège Bourget à Rigaud, parmi les nombreuses assignations en cette période où les ressources ecclésiastiques se font rares.
Tisser des liens humains
L’église Saint-Viateur accueille son nouveau curé en 2014 au moment où la paroisse fête son 100e anniversaire. Une lourde tâche pour le curé Lachaine puisqu’en plus de ses responsabilités envers ses paroissiens, il doit garder les pieds bien sur terre devant les impératifs exigeants d’entretien, de rénovation et d’administration d’une des plus belles églises du grand Montréal, classée au Patrimoine culturel et religieux du Québec. Mais, au fond, son rôle reste le même. Le curé de campagne, devenu pasteur urbain, privilégie plus que jamais les rapports humains dans la préparation et le déroulement de la liturgie, messes, sacrements et pastorales. Ses homélies tissent, avec simplicité et humour, des liens entre l’évangile et la vie quotidienne. Recréer l’esprit communautaire est son objectif et il n’est pas rare de voir ce rassembleur sur le parvis de l’église rencontrer ses ouailles après la messe. Comme autrefois.
Partagez sur




