Jean LeBlanc, 64 ans, aura été le seul archiviste de toute l’histoire d’Outremont ! Il prend sa retraite ces jours-ci. Il sera remplacé par un(e) technicien.ne en gestion de documents, ce qui n’est pas tout à fait la même chose, réduction des coûts de fonctionnement oblige.
Xialin Wang et Jean Leblanc du Centre d’archives d’Outremont. PHOTO JOURNAL D’OUTREMONT Au cours de ces 31 ans de carrière à Outremont, « j’aurai formé ou supervisé plus d’une centaine de stagiaires », relate notre archiviste. Une carrière découverte sur le tard. En effet, il avait 32 ans quand il est arrivé à Outremont, en 1988, un an après son diplôme. Qui aurait crû ? « Auparavant j’étais dans la vente et la réparation d’appareils photo (Leica, Hasselblad, Pentax, Nikon, etc.), puis les appareils électroniques sont arrivés et les gens changeaient d’appareils plutôt que les faire réparer… », regrette Jean LeBlanc.
« Je cherchais à me réorienter et une lecture m’a fait découvrir le monde des archives et la gestion de documents. J’ai alors suivi des études pour obtenir un Certificat d’archivistique, complété d’une maîtrise en administration publique, plus précisément en analyse et gestion urbaines, détaille-t-il. Il existe une formation de technicien d’archives au Cégep, et même un doctorat »
« Un service d’archives efficient ajoute au prestige de son institution de tutelle », poursuit notre archiviste. « La gestion des archives s’adresse à deux types de clientèles, l’administration et le public. Des archives intéressantes et dynamiques nécessitent de traiter et organiser les informations utiles qu’elles documentent. Elles se doivent d’être disponibles, aisément accessibles pour ceux qui ont le désir de connaître, de savoir, d’apprendre ou de référencer. Les archives sont des preuves légales et historiques pour ses deux clientèles. Mais ce n’est pas un libre-service : si certains documents sont disponibles, d’autres le sont par la Loi d’accès à l’information. »
Des archives à relocaliser
Selon Jean LeBlanc, un procès-verbal daté de 1875 serait le plus ancien document des archives. « Conserver un document doit correspondre à certains critères, comme sa valeur légale, son utilité administrative, et son intérêt historique », rappelle l’archiviste. « Procès-verbaux, droits acquis, règlements, plans techniques, etc., et cela pour l’éternité… »
« Toutefois, dans le monde municipal, on garde 20% des documents produits chaque année », précise-t-il. « Dans le métier, la tendance est même à la baisse de ce pourcentage. En effet, 80% des documents archivés sont destructibles, après sept ans en moyenne, parce qu’ils n’ont plus de valeur légale ou historique (correspondances, notes de service, factures, etc.). »
Selon Jean Leblanc, 80 à 90% des archives d’Outremont sont actuellement conservées dans un entrepôt industriel sur la rue Saint-Urbain près de Beaubien. « Elles y occupent presque un kilomètre de tablettes. L’aménagement d’un site adéquat pour rassembler nos archives demanderait un espace d’au moins 4000 pc2 », estime-t-il.
Suivre l’évolution technique
« Nous avons numérisés plusieurs séries de documents dont les procès-verbaux depuis 1875, les plans des maisons, des photographies, etc. », détaille Jean LeBlanc. « Nous utilisons des bases de données pour repérer les informations et les documents. Tout est dans le système de la Ville de Montréal. »
En 31 ans, Jean LeBlanc est passé de la machine à écrire au traitement de texte, aux microfilms puis au scanner parfois, de la disquette au CD-Rom puis du disque dur à la clé USB, etc. « De nos jours, les archives sont informatisées, mais tous ces supports ont aussi leur durée de vie et nous devrons toujours conserver une copie de sécurité. » Comme quoi, même en 2018, le crayon et le papier…
Les archives d’Outremont n’ont heureusement jamais connu de catastrophe, sauf une fois ou « le service des plans techniques a connu un dégât des eaux. Il a fallu nettoyer et sécher, mais aussi décontaminer les documents touchés en raison des moisissures qui auraient pu s’y développer. »
Une retraite paisible ? Pas sûr…
Et comment Jean LeBlanc occupera-t-il sa retraite ? « Depuis un an et demi, je fais de la coopération internationale en Haïti sur une mission d’informatisation du registre foncier du pays », détaille ce passionné. « Les Haïtiens apprécient beaucoup cette mission de transfert de compétences. Après tout ce que ce pays a traversé, c’est un processus long parce que les titres des propriétés sont incertains. Pour les entreprises locales ou étrangères, il est alors difficile d’emprunter, ou même d’acheter et cette insécurité administrative limite le développement économique… »
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