Symbole fort au coeur de la ville, et fréquenté aujourd’hui par près de sept, voire peut-être même huit millions de visiteurs annuellement, la montagne a la chance exceptionnelle d’avoir des amis veillant sur elle à longueur d’année depuis 1986. Histoire et défis d’une forêt urbaine.
Éric Richard, directeur de l’éducation et de la conservation chez Les amis de la montagne, et Hélène Panaïoti, directrice générale. PHOTO JOURNAL D’OUTREMONT La bougie d’allumage
En 1985, un projet de construction d’une immense tour de télécommunications à vocation touristique au sommet du mont Royal — soit une tour de 300 mètres avec l’idée d’un restaurant qui tourne dans ses hauteurs, est évité par un groupe de citoyens qui s’y opposent. Une volonté collective de vouloir mieux protéger le mont Royal fait son chemin. Et un an plus tard, l’organisme à but non lucratif, Les amis de la montagne, émerge.
Or, deux siècles plus tôt, un grand propriétaire sur la montagne, qui avait décidé de faire une coupe à blanc sur sa propriété en haut de la rue Peel, avait aussi eut l’effet d’une bombe à l’époque. Face aux pressions des citoyens, la Ville avait alors passé en deuxième vitesse dans son dossier de la création d’un parc sur le mont Royal. Le 24 mai 1876, soit sept ans après avoir emprunté un million de dollars au gouvernement provincial pour l’expropriation des propriétés et la réalisation des travaux d’aménagement, sera finalement inauguré l’espace vert imaginé par Frederick Law Olmsted, un architecte paysagiste à qui l’on doit également le Central Park à New-York.
Le grand défi du parc du sommet Outremont
En 2017, alors que Montréal fêtait son 375e anniversaire, la Ville a baptisé le parc du sommet d’Outremont, « Tiohtià:ke Otsira’kéhne » (prononcer djodjâgué otchira’guéné). Ce qui en langue mohawk veut dire « autour du feu, sur l’île où le groupe se sépare. »
« Ce parc-nature est issu de deux terrains qui ont été cédés à la Ville par bail emphytéotique », explique Éric Richard, directeur de l’éducation et de la conservation chez les Amis depuis plus de 27 ans. « Donc c’est encore propriété du cimetière et de l’Université, et la Ville n’a pas payé pour acheter les terrains », précise-t-il. Tiohtià:ke n’a pas été encore inauguré, mais « l’objectif est dans faire un parc de conservation », mentionne-t-il, en parlant de cette forêt de chênes centenaires qu’on y trouve, comme « une des plus belles de la montagne, du fait qu’elle n’a pas été très fréquentée. »
La directrice générale des Amis, Hélène Panaïoti, illustre pour sa part qu’un des grands défis pour le parc du sommet Outremont est son accessibilité. « Il n’est pas facile à accéder ! », concède-t-elle. On peut en fait l’atteindre à travers le cimetière Notre-Dame-des-Neiges, depuis l’avenue Courcelette, ou le Chemin de Polytechnique. Mais l’organisme pense qu’une nouvelle entrée qui emprunterait l’avenue Vincent-d’Indy par exemple, serait tout à fait appropriée.
Pour ce qui est du 1420 boulevard Mont-Royal (l’ancienne maison-mère des Sœurs du Saint-Nom-de-Jésus-et-de-Marie) qui est devenu privé, « ils ont fait des ententes avec le ministère de la Culture pour qu’ils maintiennent un accès public sur leur terrain », laisse savoir Mme Panaïoti, qui espère qu’une fois le chantier terminé, un corridor de circulation piéton sera accessible « et non seulement réservé aux gens qui habitent là », ajoute son collègue.
La plus grande menace à la forêt urbaine
« C’est la multiplication et l’élargissement des sentiers sur la montagne, parce que plus il y a de sentiers, moins il y a de forêt », révèle Mme Panaïoti, répétant autrement que « le plus gros risque pour notre forêt urbaine, c’est justement la présence urbaine: piéton, vélo et autre… L’équilibre entre l’humain et la nature en plein coeur d’une ville demeure un grand défi de protection à long terme. Et pour garder et protéger le mont Royal, ça va prendre une participation éclairée de tous les citoyens ! », maintient-elle.
Rappelons que depuis 2017, le mont Royal est en cours d’inscription sur la Liste indicative des sites du patrimoine mondial de l’UNESCO au Canada. lemontroyal.qc.ca
École de la forêt sur le mont Royal
Les amis de la montagne, qui ont aussi une mission éducative, est un des partenaires de la Table Petite Enfance Outremont. Leur programme des samedis en famille sur la montagne permet de mieux connaître la forêt du mont Royal et sa biodiversité, de l’aimer et de vouloir la protéger.
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