Par Jean-Claude Marsan
L’ancienne maison-mère des Sœurs-des-Saints-Noms-de Jésus-et-de-Marie (1923-25) se classe au 9e rang des 80 immeubles significatifs du patrimoine immobilier des communautés religieuses à Montréal. Elle fait partie intégrante de l’arrondissement historique et naturel du Mont-Royal, lequel est occupé à près de 60% par des institutions publiques, à 30% par des parcs, dont le Mont-Royal, et par des résidences privées pour le reste. Il s’agit d’un paysage culturel patrimonial unique en son genre au Canada.
Acheté à prix de faveur par l’Université de Montréal en 2003, et considéré par le recteur de l’époque, monsieur Robert Lacroix, comme l’une des plus heureuses acquisitions de l’histoire de l’institution, l’immeuble a fait l’objet d’un début de rénovation bien planifiée. Complétée, cette dernière aurait doté le campus d’un pavillon performant, situé à quelques minutes de marche d’une station de métro sous-utilisée (Édouard-Montpetit).
Le projet a dérapé avec le changement d’administration à l’université. Les documents obtenus grâce à la Loi sur l’accès à l’information font état d’une gestion chaotique et troublante, concernant notamment la comparution du vice-recteur responsable, monsieur Claude Léger, à la commission Charbonneau. Aujourd’hui, au mépris du souhait des anciennes propriétaires, la direction de l’université s’entête toujours à vouloir se départir de l’édifice sous prétexte que les coûts de sa rénovation seraient trois fois plus élevés que ceux prévus au départ, ce qui s’avère totalement faux selon les documents obtenus.
Ce dossier s’inscrit, en parallèle, dans le refus de la direction de l’université d’envisager toute intervention sur le campus actuel parce que « la montage, c’est sacré! » Si, à l’exemple des universités McGill, de Toronto (campus St. George) et de Vancouver, elle confiait à une firme de spécialistes en aménagement le soin de réviser en profondeur son plan directeur d’aménagement, hérité de l’approche du tout à l’auto des années 1960, pour le rendre conforme aux objectifs du développement durable, elle découvrirait un tout autre potentiel. La réduction des infrastructures superflues lui permettrait de récupérer des espaces pour densifier et verdir davantage le campus. Et, surtout, elle aurait alors une bien meilleure idée des fonctions à développer à la cour de triage d’Outremont.
Avec le désastre du projet de l’Îlot Voyageur, le gaspillage associé au projet du CHUM au 6000 Saint-Denis et les détournements de fonds au CSUM, la population a assez encaissé avec les dérives des institutions publiques montréalaises. Après dix ans de cafouillage dans le dossier du 1420, boulevard Mont-Royal, il revient désormais aux élus de remettre la direction de l’Université de Montréal sur le chemin du bon sens!
Jean-Claude Marsan, O.C.
Professeur émérite, Université de Montréal
Urbaniste émérite, Ordre des urbanistes du Québec
Pour le Rassemblement pour la sauvegarde du 1420, boulevard Mont-Royal. 7 février 2014.




