Déjà, la cordonnerie de Thomas Brilotti avait de la classe quand elle a ouvert ses portes au coin de Laurier et de Saint-Laurent en 1917, avec ses chaises de cirage haut perchées, ses repose-pieds en cuivre et sa salle d’attente meublée Art déco. Aujourd’hui, l’entreprise, la plus ancienne sur Laurier, devenue T. Brilotti, se consacre exclusivement au service de nettoyage et d’altérations. Loin d’être à bout de souffle, elle accélère sa cadence dans la cour des grands. La compétition a peine à suivre.
Maître nettoyeur
Durant toutes ces décennies, T. Brilotti était reconnu comme le grand maître nettoyeur à Montréal, l’entreprise à qui on confie ses vêtements les plus fragiles et les plus coûteux. C’est dans les années 1940 que l’entreprise a emménagé à son adresse actuelle. Avec Thomas et Pascal, son fils, des ententes de service étaient prises avec les grands noms de ce monde, comme l’hôtel Reine Élizabeth qui envoya sur la rue Laurier les fringues de Sophia Loren et de Paul Newman et les habits altiers du Prince Philip, duc d’Édimbourg, parmi nombre de célébrités de passage à cet hôtel de Montréal.
La qualité avant tout
La notoriété de l’entreprise a fait son chemin et des petits. Aujourd’hui, c’est Charles Roy qui a en mains les rênes de l’entreprise avec, à son service, 14 employés dont plusieurs sont là depuis très longtemps. « Ici, on compétitionne sur la qualité, pas sur le prix », c’est le propriétaire qui le dit. « Les prix sont plus élevés qu’ailleurs, et malgré tout, nous avons une rétention de clientèle exceptionnelle. Nos clients viennent d’Outremont, de Westmount, de Ville Mont-Royal. Ils mettent le prix pour leurs vêtements – on y voit passer des pièces qui valent au-delà de 5 000 $ – ils tiennent à un entretien à la hauteur. »
Aux petits soins
La qualité exceptionnelle du service, c’est quoi exactement ? C’est ce que nous avons demandé au patron. « À part les fourrures et le cuir, tout le nettoyage et les altérations sont faits sur place. Le maître nettoyeur Momo est certainement le plus qualifié à Montréal », selon M. Roy. L’expert jauge la nature des tissus, définit le traitement, évalue les risques. Et puis, il y a tous ces petits détails qui font la différence, les boutons enveloppés dans du papier aluminium avant de passer au nettoyage à sec, le ramassage et la livraison à domicile, le service à l’auto durant les travaux de la rue Laurier, le traitement royal pour chaque vêtement, qui ne sortira pas des mains de la gérante Sara avec un bord défait ou un bouton manquant. Les exigences individuelles sont respectées, le niveau d’empois pour les chemises, le type de pli sur le pantalon, rien n’échappe au service. On y fait aussi l’entretien des nappes de tous tissus, des édredons les plus raffinés, les draperies, tentures et couvre-lits les plus sophistiqués. Même les combinaisons des coureurs de Formule 1 y sont passés. »
L’époque est aux tissus faciles à entretenir chez soi et malgré tout, l’entreprise continue sa croissance. Chaque mois, le chiffre d’affaires est comparé à celui de l’année précédente et les employés ont un bonus en conséquence. Cette année, l’entreprise a agrandi au sous-sol en récupérant de l’espace occupé jadis par La Boîte noire. Les employés ont dorénavant leur espace repas, la couturière, son grand atelier. Pas étonnant que le personnel reste aussi longtemps. Thomas Brilotti en serait certainement ravi.
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