le parcours atypique
de Gilles Brown
Gilles Brown dans sa galerie de la rue Laurier.Rarement a-t-on vu un déroulement de carrière aussi singulier. À son actif, cinq microsillons et 40 « 45 tours » de son cru en 12 ans, 400 chansons populaires composées pour les vedettes-phares des années 60-70, Ginette Reno, Donald Lautrec, les Classels, les Sultans parmi tant d'autres, de nombreuses entrevues à la radio avec des monuments de la chanson comme Charles Aznavour, Adamo, Petula Clark.
(17 octobre 2012) Gilles Brown, jadis chanteur, parolier, traducteur de chansons des Beatles, animateur à CJMS avec Claude Poirier et Frenchie Jarraud et à CKVL avec Suzanne Lévesque. Il doit y avoir méprise. Ça ne peut être le même Gilles Brown, propriétaire de la chic et prolifique galerie d'art Clarence Gagnon, sur la rue Laurier depuis 30 ans.
« Mon domaine de prédilection, c'était le journalisme et les communications. Ma formation, c'est là que je l'ai acquise. Mais c'était très difficile d'y faire sa vie dans les années 60. Alors, j'ai commencé à chanter et à faire des spectacles pour gagner ma croûte. Et, contre toute attente, les gens ont aimé. Je me suis aussi mis à écrire des chansons pour les autres. Il faut dire qu'à l'époque, peu de chanteurs dits populaires interprétaient leurs propres compositions, alors la demande était forte. », nous a-t-il confié. De plus, il reconnaît en lui un instinct aiguisé pour trouver la bonne idée, les bonnes paroles et faire la chanson sur mesure pour les interprètes. Le succès est venu tout seul. On peut dire qu'il a un peu contribué à la carrière de René Angelil... en composant quelques-unes des chansons qui ont fait le succès des Baronets dans les années 60.
Né d'un père collectionneur d'oeuvres d'art, il a baigné dans le milieu des arts visuels bien avant celui des arts de la scène. Dès le début des années 70, il entreprend avec enthousiasme une série de reportages sur les peintres, une nouvelle passion qui le mènera à Baie Saint-Paul pour une entrevue avec René Richard, élève et ami du peintre québécois Clarence Gagnon. Coup de foudre pour la richesse patrimoniale de la région. Il se porte acquéreur d'une belle maison centenaire et décide d'y aménager une galerie d'art, la première à ouvrir ses portes dans Charlevoix. Nous sommes en 1976. « Aujourd'hui, il y a une vingtaine de galeries à Baie-Saint-Paul et dans les environs, poursuit-il. J'étais un visionnaire naïf à l'époque, l'engouement pour la peinture et la sculpture dans la région, ça ne s'est pas fait tout seul. J'ai eu l'immense chance de travailler avec ma partenaire-associée de tous les instants, mon épouse Lisette Lortie. Nous avons réussi ensemble à établir cette relation de confiance indispensable au métier et de créer une certaine « magie» avec les clients, peintres, sculpteurs et amateurs d'oeuvres d'art.
Si Baie-Saint-Paul abrite son quartier d'été, c'est à Outremont que la galerie a pignon sur rue le reste de l'année. Sur Laurier depuis 1976, après avoir fait une escale de sept ans sur Bernard. C'est probablement la seule galerie au Québec qui déménage ainsi chaque année. À partir de la fête du travail, la collection d'environ 200 tableaux et 40 sculptures fait le voyage de Charlevoix à Montréal. Des pièces de maîtres comme Marc-Aurèle Fortin, Stanley Cosgrove, Clarence Gagnon, Suzor-Côté, Marcelle Ferron, Jean-Paul Lemieux. Mais aussi des oeuvres d'artistes émergents que le galeriste contribue à faire connaître, comme ce fut le cas pour la peintre Johanne Corno.
« J'ai toujours beaucoup aimé être à l'arrière-scène de l'art. C'était vrai quand j'étais parolier pour les chanteurs des années 60, c'est la même dynamique avec la peinture et la sculpture », conclut-il. Alimenter l'étincelle de communication entre les créateurs et les amateurs d'art, c'est ce qui rend heureux ce galeriste au parcours atypique. Mettre son talent au service des artistes et tisser ensemble quelque chose qui les dépasse, c'est une contribution exceptionnelle à la vie culturelle d'Outremont mais aussi du Québec.
Galerie Clarence Gagnon
1108 Laurier O., Outremont • T 514 270-2962
clarencegagnon.com
(Hélène Côté, LE JOURNAL D'OUTREMONT)




