Plusieurs personnes d’Outremont ont fréquenté ce barbier de la rue Saint-Viateur, un peu à l’extérieur de l’arrondissement, et qui a maintenant pris sa retraite. Un résident d’Outremont et habitué de l’endroit a voulu lui rendre hommage. Nous publions ici intégralement ce témoignage que nous livre M. Léon Gagnon.
(9 janvier 2015) Depuis une vingtaine d’années j'ai confié la coupe de mes cheveux et de ma barbe à monsieur Tommy, coiffeur tenant boutique sur la rue Saint-Viateur. L’an dernier, je lui ai mentionné que je prenais ma retraite après 37 ans d’enseignement. J’ai indiqué que c’était plus que la moyenne des professeurs. Il m’a dit que ça ne l’impressionnait pas, que lui occupait son poste depuis beaucoup plus longtemps.
Cet automne, quand je me suis présenté chez TOMMY, la porte de la boutique était barrée et un grand papier brun occupait la vitrine. J’ai eu un certain choc du fait que j’aimais bien ce barbier. C’était une habitude … et un peu plus.
Je me souviens de la première fois où je suis allé me faire couper les cheveux rue Saint-Viateur. Monsieur Tommy m’a indiqué qu’il était venu au Canada quand il était jeune, à 17 ans, ayant quitté son village de Sicile. Arrivé au port d’Halifax il s’était rendu à Montréal. Il avait quitté l’Italie en rêvant de s’installer aux États-Unis. Cependant lors d’un voyage en train chez son frère aux États-Unis il avait été troublé d’observer des villages fortement marqués par la pauvreté. Ça ne correspondait pas au « rêve américain ». Déçu il a décidé de s’installer pour de bon à Montréal.
À 17 ans il a commencé sa pratique sur la rue Saint-Viateur avec un autre barbier. Durée : 10 ans. Ensuite il a pratiqué seul pour une période de … 60 ans! Total : 70 ans de pratique ! C’est au commerce voisin qu’on me l’a indiqué. Soixante-dix ans c’est presque le double de la durée moyenne de pratique des différents métiers et professions…
Et ça donne un âge fort avancé pour manipuler les ciseaux, surtout près des yeux. En fait, ces dernières années je prenais soin de fermer les yeux quand les pointes de ciseaux étaient trop près. Mais monsieur Tommy ne m’a jamais fait d’égratignures. Bien au contraire. Il faisait très bien son travail lors d’une première étape. Pour d’autres barbiers, la coupe aurait été terminée à la fin de cette étape mais pas pour lui. Il enlevait alors le tablier d’un geste théâtral, l’époussetait, le remettait sur moi et entreprenait alors une deuxième étape qui était la finition: les sourcils, les oreilles, le nez et le cou. Le résultat était excellent.
Je lui avais déjà demandé jusqu’à quand il pratiquerait. Il m’avait répondu d’une façon évasive. Un commerçant voisin m’a dit qu’un jour de septembre Tommy l’a informé que c’était sa dernière journée de travail. Je ne peux pas lui reprocher d’avoir cessé d’exercer son métier. Cependant je peux regretter son absence. Je lui souhaite une belle fin de vie.
Léon Gagnon
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Commentaires
Les artisans, tel ce barbier, enrichissent énormément la vie sociale (je ne parle pas de mondanités) de notre beau quartier.